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Face aux frelons asiatiques : mobilisons nous !

Le frelon asiatique est désormais installé durablement en Europe, y compris sur notre commune. 
On ne pourra pas l’éradiquer, mais une action collective, organisée et précoce permet de limiter fortement sa pression sur les abeilles, les habitants et la biodiversité. Nous sommes dans une période propice à son éradication comme nous l’indiquons dans cet article. N’hésitez pas à faire parvenir des informations en mairie ( mairie@lebrignon.fr ou 0471571988) sur des présences de nids de frelons constatées à tel ou tel endroit. Nous recherchons des bénévoles pour poser des pièges. Des pièges sont disponibles en mairie pour les personnes qui veulent en poser. Merci. 

Le frelon asiatique a le thorax noir, la tête sombre, et un abdomen majoritairement noir avec un dernier segment orangé. À côté de lui, le frelon européen paraît presque éclatant : un peu plus grand, très coloré, avec de larges zones jaunes et rouges. Cette différence visuelle est essentielle pour éviter toute confusion sur le terrain. Si l’on voit un frelon très coloré, rouge et jaune, il s’agit du frelon européen. Si l’insecte est plutôt sombre, avec les deux tiers du corps noirs et seulement une bande orangée au bout de l’abdomen, c’est le frelon asiatique. En quelques années, le frelon asiatique a colonisé une grande partie de l’Europe. Il est désormais présent en Espagne, au Portugal, dans le nord de l’Italie, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique, ainsi que dans le sud de l’Angleterre. Les spécialistes l’affirment sans détour : « Il est là pour durer, on ne s’en débarrassera pas. » L’enjeu n’est donc plus l’éradication, mais la régulation.

Le cycle d’une colonie 

Pour comprendre comment agir, il faut d’abord comprendre comment vit l’espèce. Au cœur de tout, il y a une fondatrice, une femelle fécondée à l’automne. Elle hiverne dans le sol, dans un tas de bois ou sous une toiture, puis ressort au printemps, généralement entre fin février et mars, selon la météo. Seule, elle commence la construction d’un nid primaire de la taille d’une orange, souvent dans un abri de jardin, un cabanon, un grenier ou tout autre endroit discret, mais proche des habitations.
En quelques jours, la fondatrice accroche une amorce de nid, puis construit les premières alvéoles où elle pond ses œufs. Peu à peu, elle enveloppe l’ensemble de couches de « papier mâché » qu’elle fabrique en grattant du bois mort, des piquets ou des planches abandonnées. Pendant près de cinquante jours, elle assume toutes les tâches : construction, ponte, nourrissage des larves, régulation de la température. Vers avril ou début mai, les premières ouvrières émergent. Elles sont petites, à peine deux centimètres, car la fondatrice a dû nourrir seule toute la première génération. Malgré leur taille modeste, ces ouvrières se révèlent extrêmement actives.
Dès que la colonie compte suffisamment d’ouvrières, le rôle de la fondatrice change. Elle ne sort quasiment plus du nid et se consacre à la ponte. À partir du mois de juin, le nid primaire est souvent abandonné au profit d’un nid secondaire, beaucoup plus grand, installé en hauteur dans les arbres, dans une haie, sous un toit ou, plus rarement, dans le sol. Un nid mature peut atteindre environ 80 centimètres de haut pour 60 centimètres de large et abriter jusqu’à 3 000 frelons.
À l’automne, la colonie atteint son apogée et commence à produire des mâles et de nouvelles femelles destinées à devenir, à leur tour, des fondatrices. Une fois fécondées, ces futures reines quittent le nid pour aller s’enterrer, souvent à proximité, parfois plus loin, selon l’ancienneté de colonisation de la zone. Le nid, lui, ne sera jamais réutilisé : il se dégrade, est abîmé par les intempéries et les oiseaux, et constitue une structure beaucoup trop vaste pour qu’une nouvelle fondatrice puisse y redémarrer une colonie et maintenir une température adéquate.

Des dégâts multiples : abeilles, humains, biodiversité

Les conséquences de cette présence sont multiples. Pour les apiculteurs, le frelon asiatique est un prédateur majeur d’abeilles. Il a besoin de grandes quantités de protéines pour nourrir ses larves et trouve près des ruchers une ressource abondante et facile à exploiter. Il ne se limite pas aux abeilles : il chasse également guêpes, papillons, mouches, sauterelles, araignées, tout insecte qu’il peut capturer. Mais l’impact sur les ruchers reste particulièrement visible et préoccupant.
Le deuxième problème concerne la sécurité publique. Les nids situés en hauteur, à quinze mètres, dans un arbre, provoquent rarement des accidents, car la distance de défense reste limitée. En revanche, les nids bas, dissimulés dans les haies, les talus, les cabanes, les véhicules abandonnés ou même des bétonnières inactives, sont extrêmement dangereux. Il suffit de passer avec une débroussailleuse, de tondre une pelouse, d’ouvrir un coffret électrique ou de marcher trop près pour provoquer une attaque. À l’automne, la zone de défense autour du nid peut atteindre cinq à dix mètres, et les attaques peuvent être massives.
Plusieurs accidents sont survenus récemment en Haute Loire. Une femme a été piquée plusieurs fois en débroussaillant une clôture envahie par les herbes. Un homme a reçu une dizaine de piqûres en travaillant chez lui. Un autre a dû être hospitalisé en urgence après des piqûres au bras et au visage. La piqûre en elle-même n’est pas plus toxique que celle d’une guêpe ou d’une abeille, mais le danger vient du nombre d’insectes impliqués et des personnes allergiques. Entre 1 et 5% de la population présente des allergies sévères aux piqûres d’hyménoptères. Pour ces personnes, une rencontre avec un nid au sol peut avoir des conséquences dramatiques.
Le troisième impact touche la biodiversité. Un nid consomme environ 11 kilos d’insectes par an, soit près de 100 000 proies. Cette pression de prédation pèse sur l’entomofaune et met en concurrence le frelon avec les petits oiseaux insectivores, ceux dont le chant accompagne habituellement les matinées de printemps.
Un envahisseur adaptable, même en altitude
Contrairement à ce que certains espéraient, l’altitude et un climat plus rude n’ont pas stoppé la progression du frelon asiatique. Des nids ont été trouvés jusqu’à 1 800 mètres en Savoie, et sur des plateaux autour de 1 100 mètres. Les apiculteurs et habitants qui pensaient être protégés par la montagne et les hivers froids ont dû revoir leurs certitudes. Le frelon s’adapte, colonise les zones rurales comme les zones urbaines, et utilise toutes sortes de refuges inattendus : bétonnières retournées, voitures abandonnées, regards de stations d’épuration, abris à bois, barbecues inutilisés.
Le constat est clair : il n’existe pas de territoire réellement à l’abri. La conséquence, pour les apiculteurs, est une remise en question de leurs pratiques. Ils doivent apprendre à défendre leurs ruchers, à installer des moyens de protection et à participer à la lutte collective. Pour les communes et les habitants, il s’agit d’intégrer ce nouveau risque dans la gestion des espaces verts et la sécurité quotidienne.

Trois leviers pour lutter : prévenir, détruire, protéger

Face à la progression du frelon, il existe trois types d’actions complémentaires.
Le premier levier est la lutte préventive : le piégeage des fondatrices au printemps. La stratégie consiste à capturer les reines au moment où elles sortent de leur abri hivernal pour se nourrir. À ce stade, elles sont seules, affamées, sans ouvrières pour les protéger. Le piégeage commence en général en mars, dès que plusieurs jours consécutifs dépassent 14 ou 15 degrés, avec un peu de soleil et souvent un vent du midi. Une fois sorties, les fondatrices ne retournent pas en hibernation. Elles se mettent alors en quête de sucres, carburant rapide indispensable pour redémarrer leur activité. C’est sur ce besoin que repose l’efficacité des pièges.
Le second levier est la lutte curative : la destruction des nids. En Haute-Loire, les autorités rappellent que l’efficacité sur la dynamique de population est limitée si cette destruction intervient trop tard. Souvent, les nids ne sont repérés qu’à l’automne, lorsque les feuilles tombent, alors que les futures fondatrices ont déjà quitté la colonie. Au-delà de la Toussaint, la destruction des nids ne change plus grand-chose pour l’année suivante. L’intervention doit donc être rapide, idéalement dans les 24 à 48 heures après la découverte, et assurée par des professionnels formés à l’utilisation d’insecticides.
Le troisième levier concerne les apiculteurs eux-mêmes : la surveillance des ruchers et la réduction du stress des colonies. Il s’agit d’installer des protections adaptées, de limiter la pression de prédation devant les ruches et d’intégrer le frelon asiatique dans la routine d’observation des ruchers. Les apiculteurs savent que, même en présence de quelques frelons, les dégâts peuvent être importants si la colonie est déjà affaiblie ou stressée.

Organiser un mouvement citoyen

Pour que la lutte préventive fonctionne, le piégeage des fondatrices doit être massif, coordonné et intelligent. Il y a nécessité d’une organisation à l’échelle des communes et des intercommunalités. Chaque village devrait disposer d’un référent ou « animateur piégeage » chargé de distribuer les pièges sélectifs, de relancer les habitants via un groupe de messagerie, de collecter les données de captures et de s’assurer que les pièges sont retirés en fin de saison. Les territoires doivent être quadrillés comme une grille de mots croisés, sans « cases blanches » : chaque village piégeant, chaque commune participant, sous peine de voir se former des réservoirs de frelons dans les zones oubliées.
Les piégeages sauvages avec de simples bouteilles plastiques percées sont fortement déconseillés. Non seulement ces pièges sont peu sélectifs et capturent une grande quantité d’insectes non ciblés, mais ils alimentent également la critique des associations environnementales contre une lutte jugée brutale et mal maîtrisée. Les intervenants plaident pour des pièges sélectifs, distribués par les communes ou les syndicats apicoles, et une pédagogie claire auprès des habitants.

Comment piéger efficacement une fondatrice

Sur le terrain, les pièges les plus efficaces se révèlent étonnamment simples. Un bocal en verre, transparent, muni de quelques ouvertures calibrées, fonctionne très bien. La lumière doit pénétrer, car les frelons n’entrent pas dans des pièges plongés dans l’obscurité. Certains pièges grillagés peuvent également donner de bons résultats, à condition d’être suffisamment visibles et aérés.
Les pièges sont placés à environ 1,50 mètre du sol, accrochés à un arbre, à un piquet ou à une clôture, et légèrement inclinés pour éviter l’accumulation d’eau de pluie. L’emplacement est stratégique : à proximité des villages, des haies, des vergers, des points d’eau ou des anciennes zones de nidification. Il est conseillé d’en installer aussi autour des anciens nids, même détruits, car les fondatrices ont tendance à rester dans le secteur d’origine.

L’appât, lui aussi, obéit à une recette éprouvée

Il existe une composition simple et peu coûteuse : un tiers de sirop (par exemple de la grenadine bon marché), un tiers de bière et un tiers de vin blanc ou rouge, avec une cuillère à soupe de levure de bière pour environ 75 centilitres de mélange. Le sucre attire le frelon, la bière assure une bonne diffusion des odeurs fermentées, et l’alcool du vin repousse les abeilles et de nombreux autres insectes. Le mélange se conserve au réfrigérateur dans une bouteille bien fermée, car la fermentation peut provoquer une légère surpression.
À l’intérieur du piège, un petit morceau d’éponge et un bout de bois permettent aux insectes de se poser sans se noyer immédiatement. L’objectif n’est pas d’abattre le maximum d’insectes, mais de rendre le piège attractif. Les frelons émettent en effet des phéromones de détresse, et la présence de congénères vivants dans le piège attire d’autres fondatrices. L’appât doit être renouvelé régulièrement, surtout après une période de mauvais temps, afin d’éviter les odeurs de fermentation trop avancée, qui deviennent répulsives.
Lorsque les frelons capturés sont morts ou ne peuvent plus voler, il faut vider le piège, rincer l’éponge et repartir avec un mélange frais. On note la résilience étonnante des fondatrices : certaines survivent à des noyades ou à un passage au congélateur. Pour éviter toute mauvaise surprise, il est recommandé d’écraser les frelons définitivement avant de nettoyer.
Le piégeage se poursuit tant que des fondatrices sont capturées. Lorsque les captures cessent et que seules de petites ouvrières visitent les pièges sans y rester, c’est le signe que les reines sont désormais installées au nid et occupées à la ponte. Un autre indicateur de fin de piégeage est l’apparition de frelons européens dans les pièges. Ceux-ci sont considérés comme des alliés potentiels, notamment lorsqu’il y a compétition territoriale entre espèces. Dès qu’ils apparaissent, on retire les pièges pour éviter de leur nuire inutilement.

Un combat de longue haleine

Le frelon asiatique ne quittera plus nos paysages. Les hivers plus doux, la capacité d’adaptation de l’espèce et la diversité des sites de nidification rendent illusoire toute idée d’éradication. En revanche, un plan d’action combinant piégeage de printemps, destruction ciblée des nids et protection des ruchers permet de contenir la pression et de limiter les dégâts.
Ce combat demande du temps, de l’énergie, de la coordination et une véritable mobilisation citoyenne. Chaque piège installé au bon endroit, chaque nid signalé à temps, chaque ruche protégée est une petite victoire.