đ Retour sur la sortie traite en alpage du 18/08
đ Retour sur la deuxiĂšme rencontre de transmission des savoirs entre aĂźnĂ©s et jeunes de Montvalezan â Le rĂ©cit
à la découverte de la traite en alpage avec la famille FRAISSARD : des premiÚres questions au lait tout juste trait.
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Le hasard du calendrier fait plutĂŽt bien les choses : 2026 a Ă©tĂ© proclamĂ©e par les Nations Unies « AnnĂ©e internationale des parcours et des Ă©leveurs pastoraux ». Une rĂ©sonance toute particuliĂšre pour cette nouvelle rencontre proposĂ©e par le CCAS aux jeunes de Montvalezan : partir en alpage, Ă la rencontre dâune famille dâĂ©leveurs de la commune, pour dĂ©couvrir trĂšs concrĂštement son quotidien et assister Ă la traite du soir.Ă la dĂ©couverte de la traite en alpage avec la famille FRAISSARD : des premiĂšres questions au lait tout juste trait.
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AprÚs une premiÚre matinée consacrée à la fauche traditionnelle avec Daniel MAITRE, place donc à un nouveau temps de rencontre et de transmission entre générations, cette fois aux cÎtés de Henri FRAISSARD, 70 ans, Josy FRAISSARD, 65 ans, et de leur famille.
Toujours la mĂȘme envie derriĂšre ces rencontres : mieux connaĂźtre hier et comprendre ce qui fait notre territoire aujourdâhui, pour mieux construire demain, en permettant aux jeunes dâĂ©changer directement avec celles et ceux qui possĂšdent lâexpĂ©rience, les connaissances et les savoir-faire.
Un trĂšs grand merci Ă Henri et Josy FRAISSARD, Ă leurs fils Sylvian et JĂ©rĂŽme, ainsi quâĂ Estelle, pour leur accueil, le temps consacrĂ© aux enfants et toutes les explications apportĂ©es au fil de cette soirĂ©e. Sans oublier Lily et Charly, les petits-enfants dâHenri et Josy, qui auront eux aussi partagĂ© ce moment avec les jeunes Montvalezanais.
Ils étaient sept à avoir répondu présents : Thelma, Nathan, Maël et Léonard, 8 ans ; Cassandre et Clémentine, 12 ans ; et Mila, 13 ans.
Mardi 18 aoĂ»t, le rendez-vous leur avait Ă©tĂ© donnĂ© Ă 15 h au Plan de lâArc, oĂč les attendaient Christine, du Service Ă la Population, et Magali MICHON, Vice-PrĂ©sidente du CCAS.
Le petit groupe prend le chemin Ă pied en direction du pied du tĂ©lĂ©siĂšge du Fort. Et puisquâil reste encore un peu de temps avant la traite, la montagne offre elle-mĂȘme une premiĂšre occupation qui nâĂ©tait pas vraiment inscrite au programme : les myrtilles sont belles, nombreuses⊠et particuliĂšrement tentantes !
Quelques-unes sont picorĂ©es directement sur place, dâautres soigneusement ramassĂ©es, avant de faire une pause autour du goĂ»ter prĂ©vu par le CCAS.
Puis direction la Maison des Bergers, chalet dâalpage occupĂ© durant lâĂ©tĂ© par Henri et Josy FRAISSARD et leur famille.
Lorsque les enfants arrivent vers 17 h 30, les vaches sont lĂ et la traite approche.
Mais avant mĂȘme que les prĂ©sentations soient complĂštement terminĂ©es, les premiĂšres questions arrivent.
Combien y a-t-il de vaches ?
37, leur répond-on.
Et Ă quelle heure faut-il les traire ?
« à 18 h. Tous les jours. Et le matin à 6 heures. »
Combien de temps faut-il ?
« Une heure à peu prÚs. »
Le dĂ©cor est posĂ© : ici, le rythme de la journĂ©e est dâabord celui des animaux.
Et les enfants ne tardent pas à repérer un membre un peu particulier du troupeau.
« Est-ce quâil y a des taureaux ? »
Oui. Il y en a un.
Son véritable nom échappe momentanément à Sylvian :
« Je lâappelle Tintin en gĂ©nĂ©ral. »
Et manifestement, le surnom fonctionne :
« Bon, il répond à Tintin, il vient ! »
Et devant ce nouveau venu du troupeau, une question toute simple finit par faire sourire les adultes :
« Et le taureau, on le trait aussi ? »
La prĂ©sence du taureau devient immĂ©diatement lâoccasion dâune premiĂšre explication.
Henri rappelle quâautrefois il y en avait dans tous les troupeaux, alors quâaujourdâhui beaucoup dâĂ©levages ont recours Ă lâinsĂ©mination. La famille FRAISSARD, elle, a choisi de conserver un taureau avec ses vaches.
Mais pourquoi faut-il un taureau ?
Sylvian reprend lâexplication Ă hauteur dâenfant :
« Pour que les vaches fassent du lait, il faut dâabord quâelles fassent un veau. Sinon elles nâont pas de lait. »
Deux possibilitĂ©s alors : avoir un taureau dans le troupeau ou recourir Ă lâinsĂ©mination artificielle.
Le terme laisse visiblement les plus jeunes perplexes.
« LâinsĂ©mination, vous savez ce que câest ? »
Pas vraimentâŠ
Sylvian cherche alors des mots beaucoup plus simples pour leur faire comprendre le principe : câest un peu comme « semer la graine », mais sans avoir besoin du taureau dans le troupeau.
Certaines femelles sont Ă©levĂ©es pour devenir Ă leur tour des vaches du troupeau. Et avant quâune jeune femelle ait son premier veau, il faut patienter : environ trois ans.
Un nouveau mot entre alors dans le vocabulaire de la soirée : la génisse.
Mais puisquâil faut un taureau pour assurer la reproduction du troupeau, une autre question se pose : est-ce que lâon peut choisir nâimporte lequel ?
Non, et Sylvian explique pourquoi en repartant dâabord de leur troupeau :
« On fait du lait pour le Beaufort ! »
Or, pour produire le lait destinĂ© au Beaufort, deux races de vaches sont autorisĂ©es : la Tarine et lâAbondance. Chez les FRAISSARD, le troupeau est constituĂ© dâAbondances.
Le taureau est lui aussi de race Abondance, puisque certaines des femelles qui naĂźtront seront conservĂ©es pour devenir les futures vaches laitiĂšres de lâexploitation. Et si possible, prĂ©cise Sylvian, on recherchera Ă©galement de bons gĂšnes pour obtenir des vaches qui produiront bien du lait.
Les enfants apprennent au passage à reconnaßtre les deux races. Les Abondances sont marron et blanches, tandis que les Tarines sont plus uniformément marron, plus claires, avec notamment le contour des yeux noir.
Et pourquoi la famille a-t-elle choisi lâAbondance plutĂŽt que la Tarine ?
Cette fois, Henri rĂ©pond avec son expĂ©rience dâĂ©leveur :
« Elles sont quand mĂȘme plus calmes que les Tarines. »
Des Tarines, il en a connu lorsquâil Ă©tait jeune, Ă une Ă©poque oĂč la traite imposait de se placer directement sous les animaux. Avec certaines, raconte-t-il, « il faut ĂȘtre solide », notamment lorsque les coups de pied partent.
Les Abondances peuvent évidemment elles aussi avoir leur caractÚre :
« Tâen as une par lĂ qui te donne un petit coup de pied », reconnaĂźt Henri.
Mais pour lui, la différence reste nette :
« Elles sont beaucoup plus calmes. »
Ă peine cette premiĂšre sĂ©rie de questions terminĂ©e quâune autre dĂ©couverte attend le groupe : un veau ĂągĂ© dâun peu plus de dix jours.
Nathan sâinterroge :
« Pourquoi est-ce quâil est tout seul ? »
Sylvian explique que câest actuellement le seul jeune veau prĂ©sent ici. Ă la ferme, lâorganisation est diffĂ©rente et une machine permet notamment dâidentifier chaque animal et de lui distribuer automatiquement sa ration de lait.
Les fameuses boucles jaunes fixées aux oreilles intriguent elles aussi.
Ă quoi servent-elles ?
« Câest pour les identifier. »
Elles doivent ĂȘtre posĂ©es trĂšs rapidement aprĂšs la naissance. Lâune permet lâidentification de lâanimal et le dispositif permet Ă©galement dâeffectuer un prĂ©lĂšvement destinĂ© au dĂ©pistage de certaines maladies. Chaque naissance doit ensuite ĂȘtre dĂ©clarĂ©e.
Une autre question permet aux enfants de prendre la mesure de lâanimal quâils ont devant eux : combien pĂšse une vache ?
Et pour se reprĂ©senter un tel poids, on reprend une unitĂ© de mesure dĂ©jĂ Ă©prouvĂ©e lors de la matinĂ©e consacrĂ©e Ă la fauche : Thelma ! Quelques jours plus tĂŽt, son poids avait dĂ©jĂ servi de comparaison avec celui de lâimposant barillon.
Cette fois, changement dâĂ©chelle :
« Combien il faut de Thelma pour faire une vache ? »
Les estimations commencent.
« Deux ! »
Beaucoup trop peu⊠Les enfants revoient leurs calculs Ă la hausse, jusquâĂ dĂ©couvrir le verdict : il faudrait une vingtaine de Thelma environ !
Thelma, elle, écarquille de grands yeux, quelque peu incrédule devant le résultat de cette drÎle de multiplication. De quoi faire sourire tout le monde et surtout permettre aux enfants de se représenter beaucoup plus concrÚtement les 400 à 600 kilos environ que peut peser une vache.
Du barillon Ă la vache, Thelma sera dĂ©cidĂ©ment devenue notre unitĂ© de mesure de ces rencontres ! đ
Les questions sâenchaĂźnent.
Et puisquâils ont devant eux celui qui connaĂźt probablement cette montagne depuis plus longtemps quâeux tous rĂ©unis, une autre vient naturellement : comment Henri est-il devenu agriculteur ?
Henri raconte quâĂ 4 ans, il montait dĂ©jĂ du ChĂątelard jusquâici Ă pied, Ă 4 heures du matin.
Mais derriĂšre lâanecdote, il adresse surtout aux enfants un message trĂšs clair sur son mĂ©tier :
« Pour faire agriculteur, il faut aimer. »
Et lorsquâil est question du temps de travail, sa rĂ©ponse est tout aussi directe :
« 35 heures, on ne sait pas ce que câest. »
Ici, les dimanches et les jours fériés ne changent évidemment rien aux besoins des animaux.
Pendant ce temps, 18 heures approche.
Une question sur les cloches permet encore dâapprendre quelque chose : toutes les vaches nâen portent pas.
« Il y en a, elles sont un peu meneuses », explique Sylvian.
Les cloches sont ainsi notamment placées sur certaines vaches qui entraßnent le troupeau.
Avant que la traite ne commence, Sylvian explique Ă©galement aux jeunes comment les vaches se dĂ©placent au fil de lâĂ©tĂ©.
Le troupeau ne reste pas au mĂȘme endroit pendant toute la saison. Sa progression suit avant tout la pousse de lâherbe et les conditions mĂ©tĂ©orologiques, en gagnant diffĂ©rents secteurs de lâalpage avant de redescendre peu Ă peu.
Cette annĂ©e, la sĂ©cheresse complique la situation. Lâherbe se fait plus rare et la redescente du troupeau a dĂ©jĂ commencĂ© vers les secteurs situĂ©s plus bas. Certains Ă©leveurs ont mĂȘme dĂ©jĂ dĂ» complĂ©ter lâalimentation de leurs bĂȘtes avec du foin. Chez les FRAISSARD, ce nâest pas encore nĂ©cessaire au moment de la visite. Une dĂ©rogation a dâailleurs Ă©tĂ© accordĂ©e cette annĂ©e en raison des conditions particuliĂšrement sĂšches.
Et cette alimentation se retrouve jusque dans le lait.
Sylvian explique quâici, lorsque lâherbe devient plus courte, les vaches donnent moins de lait, mais celui-ci est plus riche en matiĂšre grasse :
« Entre lâhiver et lâĂ©tĂ©, on voit dĂ©jĂ bien quâil nâest pas pareil. »
« Elles en font moins, mais il est plus riche en matiÚre grasse. »
Puis une nouvelle petite devinette est lancée aux enfants : combien de litres de lait peut donner une vache en une journée ?
Les propositions fusent.
5 litres ? 6 litres ? 15 litres ?
Henri donne finalement un ordre de grandeur : autour de 20 litres par jour lorsque les conditions sont bonnes.
Mais ce chiffre nâest Ă©videmment pas constant. En ce moment, avec la sĂ©cheresse et une herbe devenue plus rare et plus courte dans lâalpage, les vaches produisent moins de lait.
La quantitĂ© Ă©volue donc au fil de la saison, de lâalimentation et de chaque animal.
Et cette production connaĂźt aussi une vĂ©ritable pĂ©riode dâarrĂȘt : Henri explique que deux mois environ avant le prochain vĂȘlage, la vache nâest plus traite afin quâelle puisse se reposer avant de faire son veau.
Mais cette fois, 18 heures est lĂ .
Les premiĂšres vaches entrent dans lâinstallation de traite.
Et celle que les enfants dĂ©couvrent devant eux nâest pas tout Ă fait une machine comme les autres.
« Il faut quand mĂȘme savoir que la machine a Ă©tĂ© inventĂ©e par la famille. Câest une machine qui nâexiste pas sur le marchĂ©. »
Henri confirme :
« Câest unique, cette machine. »
La plateforme accueille huit vaches Ă la fois. Avec un troupeau normalement constituĂ© dâenviron 40 vaches, cinq passages permettent ainsi de faire passer lâensemble des animaux.
Devant les huit emplacements se trouve une mangeoire dans laquelle leur ration de granulĂ©s est distribuĂ©e. Sur le cĂŽtĂ©, un systĂšme de vis permet dâacheminer les granulĂ©s jusquâaux diffĂ©rents bacs.
Une fois les huit vaches installées, autre particularité : ce ne sont pas les éleveurs qui doivent se mettre à leur hauteur, mais les vaches qui viennent à la leur !
Grùce à un systÚme de vérins, la plateforme est surélevée, permettant ainsi à Henri, Sylvian ou JérÎme de travailler debout plutÎt que de devoir rester accroupis sous les vaches.
DerriĂšre cette innovation, il y a aussi lâexpĂ©rience accumulĂ©e par Henri au fil des annĂ©es. Autrefois, Ă force de se baisser, les genoux et le dos Ă©taient particuliĂšrement sollicitĂ©s.
Et avant la généralisation des machines, il fallait encore traire à la main :
« On tirait à la main, on tirait 18-20. »
Les tendinites ? Henri connaĂźt :
« Quand tu dĂ©veloppes une tendinite, aprĂšs, pour la faire passer, câest compliquĂ©. »
Une invention maison qui impressionne immédiatement les jeunes :
« Câest balĂšze ! », lĂąche lâun dâeux.
Les premiÚres vaches sont maintenant en place et Sylvian peut montrer aux enfants comment se déroule réellement la traite.
Tout commence par la préparation et le nettoyage du pis. Puis viennent les quatre embouts de la trayeuse, positionnés sur chacun des trayons.
Et comment sait-on quâune vache a fini de donner son lait ?
Sylvian explique :
« Tant quâil y a du lait, ça trait et quand il nây a plus de lait qui passe, ça dĂ©croche. »
Une fois la traite terminée, un produit est appliqué sur les trayons afin notamment de les protéger et de les hydrater.
Mais aprÚs le passage des huit premiÚres vaches, Henri et Sylvian ont prévu de faire plus que simplement montrer.
Cette fois, place aux enfants.
Un Ă un, ceux qui le souhaitent peuvent essayer eux-mĂȘmes : nettoyer le pis, placer les embouts de la trayeuse, puis dĂ©couvrir un geste que les machines ont largement remplacĂ© : traire une vache Ă la main.
Henri montre le geste, observe les premiĂšres tentatives et corrige les mouvements :
« Tu tires comme ça, tu presses⊠»
Puis viennent les encouragements :
« Vas-y, presse ! Nâaie pas peur ! VoilĂ , comme ça. »
Petit Ă petit, les premiers jets apparaissent.
Et forcĂ©ment, avec Henri, lâapprentissage ne pouvait pas rester totalement sĂ©rieux trĂšs longtemps.
Alors quâun enfant se tient devant lui, Henri oriente soudain le trayon dans sa direction et lui envoie une petite giclĂ©e de lait !
« Ah non, pas sur moi ! »
Les rires éclatent, chez les enfants comme chez Henri.
Christine avait dâailleurs anticipĂ© une autre Ă©tape : goĂ»ter le lait tout juste trait. Des gobelets avaient Ă©tĂ© prĂ©vus pour lâoccasion.
Les enfants peuvent donc recueillir directement un peu du lait quâils viennent de tirer et le porter aussitĂŽt aux lĂšvres.
Difficile de faire plus frais !
Pendant que les jeunes dégustent, Henri partage à son tour un souvenir. Pour lui, le meilleur lait était encore celui que donnait une vache juste aprÚs avoir fait son veau :
« Le lait le meilleur, câest celui de juste aprĂšs⊠»
« Parce quâil est bien plus Ă©pais et pur. »
Un souvenir quâHenri transmet tout simplement aux enfants pendant quâeux dĂ©couvrent, pour certains pour la premiĂšre fois, la saveur du lait encore tiĂšde.
Et là , les avis sont partagés.
Mila goûte :
« CâĂ©tait trop bon. »
Meilleur que celui de la maison ?
« Non, quand mĂȘme pas ! »
Maël, lui, est moins convaincu :
« Moi jâai bien aimĂ© presque tout, sauf que je nâai pas aimĂ© le lait. »
Parce quâil « nâĂ©tait pas vraiment pareil » que celui quâil boit habituellement.
Nathan, au contraire, place cette dégustation tout en haut de sa soirée :
« Quand jâai goĂ»tĂ© le lait de la vache. »
Pendant ce temps, le lait poursuit son propre chemin dans lâinstallation.
Sylvian dĂ©signe un Ă©quipement situĂ© au-dessus dâeux :
« Regarde au-dessus de lâĂ©cran, lĂ . LĂ -haut, tâas un refroidisseur de lait. »
Une Ă©tape particuliĂšrement importante pour la traite du soir, qui doit ĂȘtre conservĂ©e jusquâau lendemain matin. Le refroidissement rapide permet de limiter le dĂ©veloppement des germes :
« Les germes vont avoir tendance Ă augmenter. Câest pour ça quâil est refroidi rapidement. »
Le lendemain matin, une nouvelle traite a lieu dĂšs 6 heures. Elle rejoint le lait de la veille avant que lâensemble poursuive son voyage.
Car ici, le camion de la CoopĂ©rative ne vient pas chercher directement le lait au milieu de lâalpage.
« Henri lâemmĂšne aux Eucherts. »
Chaque matin, la famille redescend donc son lait jusquâaux Eucherts, oĂč il est rĂ©cupĂ©rĂ© par le camion de collecte de la CoopĂ©rative de Bourg-Saint-Maurice. Ă son arrivĂ©e Ă Bourg-Saint-Maurice, la fabrication peut commencer dans la foulĂ©e.
La famille glisse dâailleurs aux enfants quâil leur resterait une autre dĂ©couverte Ă faire : visiter la CoopĂ©rative et voir comment le lait devient rĂ©ellement du Beaufort.
« Câest intĂ©ressant de voir toute la chaĂźne. »
De lâherbe broutĂ©e dans lâalpage jusquâĂ la meule de Beaufort, les enfants peuvent ainsi reconstituer presque tout le voyage du lait.
La soirée touche alors peu à peu à sa fin.
Cassandre ne cherche pas longtemps ses mots :
« CâĂ©tait trop bien. »
Ce quâelle a prĂ©fĂ©rĂ© ?
« La traite. »
Et ce quâelle a appris ?
« Plein de choses sur les vaches. »
Mila revient elle aussi sur cette expérience :
« Moi, jâai adorĂ© traire les vaches Ă la main. Jâai retenu que câĂ©tait plus compliquĂ©, quâil fallait tirer et appuyer en mĂȘme temps. »
MaĂ«l a parfaitement mĂ©morisĂ© lâessentiel du geste :
« Jâai retenu quâil fallait presser les mamelles pour prendre le lait. »
Nathan avait déjà quelques connaissances : en Bretagne, explique-t-il, un ami de sa maman pratique lui aussi la traite.
Clémentine répond simplement que la soirée lui a « beaucoup » plu.
Quelques minutes auparavant, une question avait toutefois intrigué les enfants : pourquoi la traite ne fait-elle pas mal aux vaches ?
Henri leur donne une explication trÚs simple : la vache y est habituée ; lorsque son veau tÚte, le principe est comparable.
Puis vient le moment de remercier Henri, Josy et toute la famille pour leur accueil, leur disponibilité et le temps consacré à transmettre aux jeunes de Montvalezan une part de leur quotidien et de leur savoir-faire.
Vers 19 h 15, les « merci ! » fusent, les sacs retrouvent les Ă©paules et le petit groupe reprend Ă pied le chemin du Plan de lâArc.
Dans certains sacs, de petites bouteilles remplies de lait frais, emportĂ©es pour permettre aux parents, frĂšres, sĆurs ou proches de goĂ»ter Ă leur tour un peu de cette soirĂ©e en alpage.
Une jolie maniĂšre de prolonger la transmission jusque dans les familles.
Et tandis que les premiers pas de la descente Ă©loignent peu Ă peu les enfants de la Maison des Bergers, les grands gestes de la main continuent encore quelques instants. Les jeunes se retournent pour saluer une derniĂšre fois ; un peu plus haut, Henri leur rĂ©pond de la mĂȘme maniĂšre, heureux lui aussi de cette rencontre.
Car cette soirĂ©e lui aura Ă©galement permis de faire connaissance avec les enfants et de savoir de quelles familles de Montvalezan ils sont issus. Un lien quâil connaissait bien autrefois. Henri nous confie quâavant sa retraite, lorsquâil travaillait aux remontĂ©es mĂ©caniques, il apprenait au fil des hivers Ă reconnaĂźtre les enfants de la commune au pied du tĂ©lĂ©siĂšge des Eucherts. Depuis quâil nây travaille plus, ce contact avec les nouvelles gĂ©nĂ©rations sâest naturellement distendu.
Cette soirée aura donc aussi permis de renouer un peu ce fil.
Une autre façon de rĂ©sumer tout simplement lâesprit de ces rencontres proposĂ©es par le CCAS : permettre aux gĂ©nĂ©rations de se rencontrer, de mieux se connaĂźtre et de transmettre, le temps de quelques heures, un peu de ce qui fait la vie et lâhistoire de Montvalezan.
Mieux connaĂźtre son territoire, celles et ceux qui lâont façonnĂ© et ceux qui continuent chaque jour Ă le faire vivre : câest aussi cela, transmettre aujourdâhui pour mieux construire demain.
