Avec Daniel MAITRE - découverte de la fauche - récit - suite
🌾 Retour sur la première matinée de transmission des savoirs entre aînés et jeunes de Montvalezan – Le récit : Partie 02
À la découverte de la fauche traditionnelle avec Daniel MAITRE • Partie 02 : du foin au barillon, jusqu’au martelage de la faux
À la découverte de la fauche traditionnelle avec Daniel MAITRE • Partie 02 : du foin au barillon, jusqu’au martelage de la faux
Après avoir découvert le geste de la fauche traditionnelle, nos cinq jeunes Montvalezanais ont poursuivi leur matinée aux côtés de Daniel MAITRE. Au programme : rassembler le foin, apprendre à confectionner et porter un barillon, puis découvrir un autre geste devenu rare, celui du martelage de la faux. Autant de savoir-faire qui racontent comment chaque brin d’herbe devait être coupé, séché, rassemblé et transporté… avec, toujours, les explications et l’humour de Daniel.
Nous les avions laissés la faux à la main, apprenant peu à peu à « caresser » l’herbe plutôt qu’à la frapper. Mais couper l’herbe n’était évidemment que le commencement.
Une fois fauchée, encore fallait-il la faire sécher, la rassembler puis parvenir à la transporter jusqu’à son lieu de stockage. Et dans les pentes de Montvalezan, bien avant les engins et les moyens mécaniques d’aujourd’hui, cela demandait là encore tout un savoir-faire.
À quelques pas de là, Daniel avait pris soin d’apporter de sa grange du foin bien sec et de l’étaler sur le pré pour faire découvrir aux jeunes un autre savoir-faire : la confection d’un barillon.
Premier étonnement : avant même de parler du foin, il faut apprendre le nom de l’objet qui permet de le transporter. Et là, les mots eux-mêmes racontent déjà une histoire.
« Quand c’est vide, c’est un trapond », explique Daniel. Une fois rempli de foin, l’ensemble devenait un barillon. Mais le vocabulaire lui-même a évolué : « Avant on appelait ça des ballons. Après des barillots… Maintenant ils appellent “barillon”. » Et Daniel précise qu’ailleurs encore, l’appellation pouvait être différente.
Le trapond se compose de deux longs montants de bois reliés entre eux par plusieurs cordes. Celui présenté par Daniel est en épicéa. Déployé sur le sol, il permet d’y disposer progressivement le foin avant de l’encercler et de le serrer fortement entre les deux montants pour former le barillon.
Celui apporté par Daniel compte six cordes, mais « normalement c’était cinq », précise-t-il, parfois cinq ou six selon les modèles. Une fois les deux montants écartés, l’ensemble pouvait atteindre environ deux mètres. Daniel explique d’ailleurs avoir raccourci les siens : lorsqu’ils étaient trop longs, « quand je les serrais, les bâtons se rejoignaient ».
Commence alors la démonstration.
Le trapond est d’abord étendu à même le sol, dans le sens de la pente. Daniel saisit son râteau et les enfants se rapprochent pour observer. Car, là encore, ce qui paraît simple lorsqu’on le regarde faire répond en réalité à un geste bien précis.
Positionné face à la pente, dans le sens de la montée, Daniel ramène progressivement le foin vers lui avec son râteau. À chaque passage, l’herbe vient s’accumuler contre ses tibias. Ses jambes servent de point d’appui pour retenir le foin et empêcher la masse de repartir dans la pente.
Peu à peu se forme ainsi la brasse qui viendra garnir le trapond. Le tas grossit devant lui ; lorsqu’il estime en avoir suffisamment rassemblé, Daniel enlace cette grande brassée de foin avec ses bras et son râteau, la soulève et vient la déposer sur le trapond. Puis il recommence, autant de fois que nécessaire.
Le râteau, les bras, les jambes : tout participe au geste. Et les enfants observent attentivement cette façon de faire que Daniel exécute presque naturellement, tant elle semble inscrite dans ses habitudes.
Mais comme pour la fauche quelques minutes auparavant, pas question de se contenter de regarder.
À leur tour, les jeunes saisissent le râteau et s’essaient au geste que Daniel vient de leur montrer : ramener le foin vers eux, le retenir contre les jambes, constituer progressivement une brasse puis la transporter jusqu’au trapond étendu sur le pré. Chacun participe ainsi, à son niveau, au remplissage de l’outil.
Une nouvelle fois, le passage de la démonstration à la pratique permet de mesurer tout ce qui se cache derrière un geste qui semble évident dans les mains de Daniel. Il faut apprendre à retenir le foin sans le disperser, rassembler une brasse suffisamment compacte, puis parvenir à la déposer correctement entre les montants du trapond.
Petit à petit, grâce aux efforts de tous, le trapond se remplit.
Mais une autre question se pose bientôt : pour confectionner un barillon, dans quel état doit être l’herbe ?
Les jeunes ont la réponse : sèche !
Et si la pluie arrive avant que le foin ait eu le temps de sécher suffisamment ? Daniel replonge alors dans les pratiques d’autrefois : « On étendait dans les granges […] partout où on pouvait », explique-t-il. Car sur ce point, pas de compromis : « Il faut qu’il soit sec pour mettre à la grange. »
Une explication qui ne tombera manifestement pas dans l’oreille d’une sourde. Interrogée à la fin de la matinée sur ce qu’elle en avait retenu, Pauline, 12 ans, reviendra spontanément sur ce point : « J’ai retenu que dans les granges, le foin fallait qu’il soit bien sec sinon il moisissait », ajoutant qu’il fallait également bien s’occuper de ses outils pour qu’ils fonctionnent correctement.
La transmission avait donc bien opéré.
Et le râteau lui-même mérite que l’on s’y arrête. Daniel explique aux jeunes que la perche est réalisée en sapin, tandis que le râtelier et les dents sont en frêne. Sur le modèle qu’il présente ce matin-là, les dents sont volontairement plus courtes : il utilise surtout ce râteau pour nettoyer les prés, les chemins et les broussailles, « pour ne pas qu’elles cassent ». Pour les foins, précise-t-il, les dents étaient plus longues.
Mais en y regardant de plus près, ce râteau porte aussi la marque de Daniel. À la jonction du manche et du râtelier, de petites pièces métalliques ont été ajoutées de chaque côté pour rigidifier et renforcer l’ensemble. Une adaptation qu’il a imaginée et réalisée lui-même : « C’est un prototype à moi, ça », explique-t-il aux jeunes.
Les pièces sont découpées dans un tuyau, puis vissées en les décalant légèrement afin de les mettre en tension et de bien maintenir l’assemblage : « Ça bloque vraiment contre et après ça ne bouge plus. » Et Daniel le précise non sans une certaine fierté : « Il n’y a que moi qui ai fait ça, il n’y a jamais personne qui a fait ça. »
Une petite invention qui en dit finalement beaucoup sur le savoir-faire de celui qui accompagne les jeunes ce matin-là : connaître les outils et les gestes transmis par les anciens, mais aussi savoir observer, bricoler et les adapter à ses propres besoins.
Puis vient le moment de refermer le barillon.
Daniel rapproche les deux parties, passe les cordes et serre progressivement l’ensemble. Et derrière ce qui pourrait sembler n’être qu’un simple nœud se cache encore une technique.
« Là on tire, ça moufle », explique-t-il. La corde passe plusieurs fois et produit un effet de mouflage qui permet de démultiplier l’effort et de comprimer fortement le foin. Une fois suffisamment serré, Daniel bloque la corde : « C’est bloqué et c’est fini. »
Le résultat est impressionnant : le foin qui occupait quelques instants auparavant un volume considérable tient désormais en une charge compacte.
Et quelle charge !
Celui préparé ce matin-là reste relativement léger aux yeux de Daniel : autour de 25 à 30 kilos. Mais il raconte avoir déjà porté des barillons de foin humide approchant, selon son estimation, les 100 kilos.
Voilà évidemment de quoi piquer la curiosité des enfants.
Thelma veut alors essayer de le soulever. Une ambition qui prête forcément à sourire : à 8 ans, la jeune participante est probablement elle-même plus légère que le barillon posé devant elle ! Mais pas question pour autant de renoncer à essayer.
Reste encore à comprendre comment une telle masse pouvait être portée.
Et c’est là que Daniel montre aux enfants une étape essentielle de la préparation du barillon : avec la main, il creuse directement dans le foin compacté pour ménager un trou, un passage dans lequel viendra se loger la tête du porteur. Une fois cet emplacement dégagé, le barillon peut venir prendre appui derrière la tête et contre le dos.
Mais Daniel en profite surtout pour expliquer que sa manière de faire aujourd’hui n’est plus tout à fait celle d’autrefois.
Avec les années et l’expérience, Daniel explique avoir progressivement fait évoluer sa façon de porter les barillons. Autrefois, ceux-ci étaient portés du côté des petites ficelles : il fallait déjà « faire un trou pour la tête », tandis que les cordelettes, très fines, pouvaient finir par couper les doigts sous le poids de la charge.
Désormais, il charge et organise son barillon de manière à pouvoir le porter du côté des cordes les plus grosses, beaucoup moins agressives pour les mains. Et au moment de le serrer, il prend également soin de conserver suffisamment d’espace pour son dos, afin que les deux montants de bois ne viennent pas le blesser.
À ceux qui évoquent une autre façon de se faire aider pour charger le barillon, Daniel répond avec toute l’expérience de celui qui a fini par trouver sa méthode : « Non, moi je ne fais pas ça. C’est tous des tours à se démonter le dos. Moi je charge tout au sol comme ça. »
Une technique héritée du passé, donc, mais pas figée : Daniel l’a adaptée au fil des années, à son expérience et à son propre corps, tout en conservant le principe du trapond et du barillon.
Et lorsqu’on lui demande où passe désormais la tête, son humour reprend immédiatement le dessus : « Quand je la perds pas ! » Puis il montre l’emplacement qu’il vient de dégager dans le foin : « La tête, je la mets là. Comme ça c’est grosse corde et tu ne coupes pas la main quand tu portes. »
Après Thelma, vient alors le tour de Grégoire. À 14 ans, son gabarit laisse cette fois penser que le défi est peut-être davantage à sa portée. Déjà particulièrement volontaire faux à la main quelques instants plus tôt, il ne se fait donc pas prier pour tenter à son tour l’expérience du portage.
Le trou pour la tête est préparé. Daniel le positionne et veille au geste : « Non, non ! Pas comme ça. » Puis vient la bonne position : « Tu mets la tête là. Et là tu essayes de te lever. »
Autour de lui, les encouragements fusent : « Allez Grégoire, on croit en toi ! »
Il pousse sur ses jambes… et parvient à se relever avec le barillon.
« Bravo ! »
Quelques secondes suffisent cette fois pour prendre la mesure très concrète de ce que représentait le transport du foin.
Les chiffres évoqués un peu plus tôt pendant la fauche prennent alors une autre dimension. Une cartonnée de 280 m² pouvait représenter environ trois barillons, même si Daniel prend immédiatement soin de préciser que cela variait évidemment selon la quantité et la qualité du foin.
Et lorsque le dernier barillon était réalisé ? Même les restes comptaient. Les « drapés », explique Daniel, servaient notamment à récupérer les dernières miettes de foin, après le dernier barillon. Rien ou presque ne devait être perdu.
Une fois le barillon confectionné et prêt à être transporté, il ne s’agissait pas forcément de parcourir toute la distance jusqu’à la grange avec cette charge sur le dos. Daniel évoque aussi l’usage de la luge, utilisée pour redescendre dans la pente avec le matériel et les charges.
Daniel l’avait annoncé depuis le début de la matinée : une fois les barillons terminés, il resterait encore à apprendre comment « battre » la faux.
Pour cela, le petit groupe remonte jusqu’au chemin carrossable, où Daniel avait laissé dans sa voiture les précieux outils nécessaires au martelage, chargés le matin même avec le foin sec.
Daniel récupère l’enclume et le marteau, puis s’écarte de quelques mètres du véhicule pour s’installer dans l’herbe, au bord du chemin. Assis au sol, les jambes allongées et écartées, il positionne entre elles la longue tige de l’enclume. Encore faut-il que celle-ci tienne parfaitement : « Il faut que ça plante », prévient-il en cherchant le bon endroit. Puis, à coups de marteau, il enfonce solidement son pied dans la terre.
Une fois son installation prête, Daniel demande qu’on lui passe la faux. Il la saisit, ramène la lame devant lui et vient poser très précisément son tranchant sur la petite surface de l’enclume. Les jeunes se rapprochent pour observer.
Commence alors le martelage. Le marteau s’abat à petits coups précis et réguliers sur le fil de la lame. Pas question pourtant de frapper au hasard ni nécessairement toujours avec la même force. Daniel explique que tout se joue d’abord dans la précision du geste : « Sur l’enclume, il faut toujours taper au même endroit. Il ne faut pas se balader comme ça. » Et lorsque la lame est vraiment abîmée, le geste peut devenir plus puissant : « Il faut taper avec les deux mains. »
Sous les yeux des enfants, le martelage travaille ainsi peu à peu le tranchant de la faux pour lui redonner les qualités nécessaires à une bonne coupe. Un geste qui paraît presque simple lorsqu’on regarde Daniel faire, mais dont chaque coup demande en réalité une force parfaitement maîtrisée et, surtout, une grande précision.
La scène ne tarde d’ailleurs pas à attirer les regards. Des randonneurs, en vacances à La Rosière et passant à proximité, s’étonnent de ce petit attroupement au bord du chemin. Intrigués par le son du marteau et par les gestes de Daniel, ils s’arrêtent quelques instants, questionnent le groupe et cherchent à comprendre ce qui se passe.
On leur explique alors le principe de cette matinée de transmission entre un aîné de la commune et les jeunes de Montvalezan. Les regards se tournent vers Daniel et sa faux, les questions fusent et l’on admire la précision d’un geste devenu aujourd’hui peu courant.
L’initiative semble même faire quelques envieux : certains confient qu’ils auraient volontiers participé à une telle matinée avec leurs propres enfants. Un joli signe, finalement, de l’intérêt que peuvent encore susciter ces savoir-faire lorsqu’ils quittent les souvenirs pour être à nouveau montrés, expliqués… et pratiqués.
Ici encore, impossible d’improviser. Daniel se souvient d’enfants l’ayant regardé battre une faux lors d’une fête des moissons près de Lyon. L’un d’eux lui avait demandé ce qui se passait si l’on s’y prenait mal.
Sa réponse était sans détour : « Si on le fait mal, il vaut mieux pas le faire. »
Parce qu’un mauvais coup de marteau peut abîmer ce que l’on cherche justement à améliorer.
Et puis il y a le bruit.
Un détail auquel personne ou presque ne penserait avant d’entendre Daniel en parler, mais qui semble, pour lui, permettre presque immédiatement de reconnaître une bonne faux.
Les anciennes lames possèdent une sonorité particulière lorsque le marteau frappe le métal. Daniel a essayé de battre certaines faux récentes : le constat est sans appel.
« Le bruit n’est plus… On sent que ce n’est plus un bruit de faux. C’est un bruit de pelle. C’est comme si on tapait sur une pelle. »
Une bonne faux, elle, sonne. Elle possède presque son propre chant. Une différence difficile à expliquer avec des mots, mais que le silence des enfants autour de l’enclume permet justement d’entendre.
Et là encore, Daniel rappelle qu’il n’existait pas forcément une seule manière de faire. Son frère Joël, dont il avait déjà parlé aux enfants à propos de la faux utilisée pendant la matinée, était selon lui un excellent faucheur. Pourtant, Joël ne battait pas sa faux : il préférait utiliser une lime pour entretenir son tranchant. Daniel, lui, n’aime guère cette méthode.
Daniel apporte toutefois une nuance : la lime pouvait aussi avoir son utilité lorsque la lame était vraiment abîmée, par exemple après avoir heurté un rocher ou une branche. Mais pour l’entretien traditionnel, explique-t-il, « c’était tout au marteau ».
La transmission se niche ainsi jusque dans ces différences de pratiques : un même objectif, mais des gestes, des habitudes et des préférences propres à chacun.
Et lorsqu’au détour de la démonstration vient la question de savoir qui sait encore battre une faux aujourd’hui dans le pays, les noms deviennent rares. Magali MICHON lance alors à Daniel : « Faut donner des cours ! »
Sa réponse quelques instants plus tard pourrait presque résumer l’esprit de toute la matinée : « Tant que vous n’avez pas appris, vous avez toujours l’âge. »
Après la faux, les barillons, leur portage et le martelage de la lame, l’heure commence toutefois à se rappeler à tout le monde par un signe beaucoup plus universel : la faim !
La matinée se termine donc comme elle avait commencé : tous ensemble.
Autour du pique-nique partagé, les échanges se poursuivent plus librement avec Daniel. On revient sur ce que chacun vient d’apprendre, sur les souvenirs, sur les gestes essayés quelques minutes plus tôt. La conversation passe aussi par le patois local, que Daniel parle parfaitement, et quelques-unes de ses différences d’un village à l’autre de la vallée.
Un moment simple et convivial qui prolonge naturellement cette rencontre entre générations.
Avant de se quitter, l’heure est aussi venue de demander aux enfants ce qu’ils retiennent de cette matinée. Pauline nous en avait déjà donné un aperçu en se souvenant parfaitement de l’importance de rentrer un foin bien sec. Les autres ont, eux aussi, chacun retenu quelque chose de cette rencontre.
Pour Thelma, 8 ans, c’est d’abord le poids des barillons qui aura marqué les esprits : « Moi j’ai retenu que les trucs de foin, c’est très, très lourd. » Une évidence toute relative pour celle qui, quelques instants auparavant, avait tout de même tenu à essayer d’en soulever un plus lourd qu’elle !
Grégoire, 14 ans, retient quant à lui deux enseignements essentiels : « qu’il fallait bien entretenir ses outils » et surtout « avoir le bon geste pour bien arriver à faucher ». Et lorsqu’il est demandé aux enfants ce qu’ils souhaitent dire à Daniel après cette matinée, sa réaction est toute simple et spontanée : « Comme c’est gentil ! » Une petite phrase qui dit aussi le plaisir d’avoir pu bénéficier de son temps et de toutes ses explications.
Même constat chez Gabriel, 10 ans : il retient l’importance du foin sec et de l’entretien des outils, mais aussi cette image utilisée tout au long de la matinée pour trouver le bon mouvement : « Pour faucher, il ne faut pas aller dans la terre ni trop haut. Il faut un peu la caresser. »
Quant à Nathan, 8 ans, la matinée lui aura notamment permis de comprendre que manier la faux n’était finalement « pas trop » difficile, pour peu que Daniel ne soit jamais très loin pour accompagner et corriger le geste.
Et lorsque l’on demande finalement aux enfants s’il faudrait renouveler l’expérience avec Daniel et permettre à d’autres jeunes de profiter à leur tour de cette matinée de transmission, la réponse tombe sans hésitation : « Oui ! »
Après avoir demandé aux enfants ce qu’ils avaient appris, difficile de ne pas retourner la question à celui qui avait passé toute la matinée à transmettre : alors Daniel, comment étaient-ils, ces apprentis faucheurs ?
La réponse arrive avec cet humour qui ne l’aura décidément pas quitté : « Il y en a qui sont déjà pas mauvais. » Et Daniel pousse même l’encouragement un peu plus loin en estimant qu’ils sont « presque bientôt tous aptes à prendre une ferme » !
Et serait-il prêt, lui aussi, à renouveler l’expérience et à partager de nouveau ses savoirs à l’occasion d’une prochaine rencontre intergénérationnelle ? Daniel trouve immédiatement le moyen de plaisanter encore : « La prochaine fois, c’est au-dessus de 70 ans ! »
Une manière bien à lui de terminer cette matinée : transmettre sérieusement, sans jamais vraiment se prendre au sérieux.
Au terme de cette première matinée de transmission proposée par le CCAS, sa Vice-Présidente, Magali MICHON, dresse un bilan particulièrement enthousiaste de l’expérience.
« C’était super intéressant, puis il y avait une bonne ambiance. » Et elle reconnaît volontiers que les adultes n’auront finalement pas été beaucoup moins élèves que les enfants : « On a autant appris que les enfants », souligne-t-elle, en retenant aussi « beaucoup d’humour, l’humour de Daniel ».
Pour Magali, le constat est simple : « Je pense que tout le monde est enchanté de cette journée. » Et son propre enthousiasme ne fait guère de doute : « C’était génial ! Et puis franchement on a appris plein de choses. »
Cette première matinée de transmission des savoirs aura ainsi démontré tout l’intérêt de ces rencontres : les jeunes apprennent des aînés, mais les adultes présents redécouvrent eux aussi une histoire, des gestes, des mots et des savoir-faire dont une partie pourrait disparaître s’ils n’étaient plus racontés, montrés et partagés.
« Même nous, on apprend des choses avec eux. C’est intéressant de discuter. Franchement, c’était très bien », conclut Magali.
Une première expérience qui donne donc envie de poursuivre ces rencontres et de continuer à créer ces moments où les générations se retrouvent, échangent et apprennent les unes des autres.
Car pendant quelques heures, il ne s’agissait finalement pas seulement d’apprendre à faucher, à confectionner un barillon ou à battre une lame.
Il s’agissait surtout de faire circuler une mémoire et des savoirs, pour qu’ils continuent à vivre.
